Dix questions à poser avant de voter une ligne budgétaire numérique

Avant de voter une ligne de logiciel scolaire, un élu communal peut exiger dix réponses écrites, et une ligne qui n'y répond pas en une page ne devrait pas passer en bloc. Ces dix questions portent sur l'usage réel, le coût par élève actif, la répartition des charges, les données, la sortie du contrat, la mesure du succès, la procédure et les claviers QWERTZ des classes vaudoises.
En bref : Une ligne « logiciels » votée sans questions est un chèque en blanc, même quand elle reste très en dessous du seuil de 150 000 CHF sous lequel l'AIMP 2019 permet le gré à gré. Envoyez ces dix questions à la Municipalité avant la séance, exigez des réponses écrites, et votez sur les réponses, pas sur le montant.
Pourquoi les lignes « logiciels » passent en bloc
Un budget communal compte des dizaines de pages. Les renouvellements de logiciels scolaires y tiennent en quelques lignes, rarement avec un nombre d'élèves en face. Le montant est modeste, la séance est longue, et personne ne veut passer pour l'élu qui chicane sur des abonnements.
Trois difficultés s'ajoutent en 2026. La première : savoir si la dépense revient à la commune. La réponse dépend de la répartition des charges entre le canton et les communes, et elle ne se devine pas. La deuxième : les données des élèves, que la révision de la loi fédérale a remises à l'ordre du jour depuis le 1er septembre 2023. La troisième : l'utilité pédagogique, que vous n'avez ni à juger ni à ignorer.
Sur ce dernier point, le texte de référence existe. Parmi les attentes du Plan d'études romand pour le cycle 2 (5P-8P), l'élève « saisit et met en forme un texte personnel de manière autonome ». Le PER cite le clavier parmi plusieurs dispositifs et ne fixe ni méthode ni vitesse : le choix revient à l'école. Un logiciel scolaire est un choix de moyen, et un choix de moyen doit pouvoir se justifier par écrit.
Usage et coût : les questions 1 à 3
1. Combien d'élèves ont réellement utilisé ce logiciel l'an dernier ? Demandez un chiffre tiré du tableau de bord, par classe et par mois, pas une estimation. Une licence qui dort ne se voit que là. Nous n'avons trouvé aucune étude romande sur les licences inutilisées ; la question tient sans statistique, parce qu'un logiciel qui ne peut pas montrer son usage ne peut pas montrer son effet.
2. Combien coûte chaque élève actif ? Divisez le prix annuel par le nombre d'élèves qui ont vraiment pratiqué. Calcul d'exemple, pas un tarif : une formule à 250 USD par an utilisée par 60 élèves revient à un peu plus de 4 USD par élève ; utilisée par 250 élèves, à 1 USD. Le prix n'a pas bougé, seul l'usage a changé. Demandez aussi si les enseignants occupent des places : chez certains fournisseurs, ils en consomment.
3. La dépense revient-elle à la commune ou au canton ? Faites préciser la règle qui s'applique selon la répartition des charges entre canton et communes de votre canton, avec la référence du texte. Si personne ne sait répondre en commission, renvoyez la ligne. Vous ne pouvez pas contrôler une dépense dont vous ignorez si elle vous appartient.
Données et sortie : les questions 4 à 6
4. Quelles données le logiciel recueille-t-il sur les élèves ? Nom, adresse e-mail, âge, date de naissance, photo, traces d'usage : demandez la liste complète. Moins un fournisseur demande, moins la question suivante pèse.
5. Où les données sont-elles hébergées, et quelle loi s'applique ? La loi fédérale sur la protection des données et son ordonnance, entièrement révisées, sont en vigueur depuis le 1er septembre 2023. Une école publique vaudoise relève en principe du droit cantonal, la LPrD, dont le Conseil d'État a mis la révision en consultation pour l'adapter aux nouvelles règles supérieures. Faites confirmer par le service juridique ou par l'autorité cantonale quelle loi s'applique, puis demandez au fournisseur le pays d'hébergement, par écrit.
6. Comment sort-on du contrat, et que deviennent les données ? Durée, préavis, export, délai de suppression, confirmation écrite. Un contrat qui se renouvelle tacitement sans clause de sortie claire engage la commune au-delà de la ligne votée. La clause de sortie dit plus sur un fournisseur que sa page de présentation.
Pilotage, procédure et clavier : les questions 7 à 10
7. Qui mesure le succès, avec quel indicateur, et quand ? Pour un logiciel de dactylographie, l'indicateur tient en deux chiffres par élève : les mots par minute (MPM) et la précision, relevés à la rentrée puis avant les vacances. Un indicateur choisi après coup n'en est pas un.
8. Quelle procédure a été suivie ? Selon la foire aux questions des marchés publics du canton de Vaud, l'annexe 2 de l'AIMP 2019 autorise le gré à gré sous 150 000 CHF pour les fournitures comme pour les services. Le gré à gré dispense d'un appel d'offres. Il ne dispense ni de l'examen des données, ni du contrôle budgétaire, ni des limites internes que votre commune a pu fixer.
9. Combien de temps les enseignants y consacrent-ils ? Création des comptes, attribution des exercices, lecture des résultats : demandez une estimation en heures par classe et par trimestre. Un logiciel bon marché qui coûte une heure d'enseignant par semaine n'est pas bon marché.
10. Les leçons correspondent-elles aux claviers des classes ? Les classes romandes tapent sur des claviers QWERTZ suisses. Les touches de repère F et J y sont au même endroit qu'en AZERTY, mais plusieurs lettres (A, Q, Z, W, Y et M) et les accents changent de place. Un cours bâti sur l'AZERTY français enseigne donc une mauvaise position pour ces lettres. La question paraît technique ; elle ne l'est pas, car un exercice qui place le Z au mauvais endroit enseigne une erreur.
Un exemple suivi : les réponses d'une plateforme de frappe
Pour montrer à quoi ressemble une réponse honnête, voici celles que nous donnons pour Meta Typing Club, la plateforme de dactylographie que nous éditons. Certaines nous sont favorables, d'autres non.
| Question | Notre réponse aujourd'hui |
|---|---|
| 1. Usage | Le tableau de bord de l'enseignant montre, pour chaque élève et chaque devoir, l'achèvement, la précision, les MPM et les étoiles. |
| 2. Coût | La formule School Free est gratuite dans ces limites : 3 enseignants, 3 classes, 3 devoirs actifs et 9 élèves au plus par classe. School Plus : 250 USD par an pour 300 places élèves. School Pro : 500 USD par an pour 1 000 places. Une place = un élève actif ; les enseignants n'en occupent jamais. |
| 3. Commune ou canton | Nous ne pouvons pas répondre : c'est votre répartition des charges. |
| 4. Données | Aucun âge ni date de naissance n'est demandé ; c'est l'enseignant ou le parent qui crée le compte de l'élève. |
| 5. Hébergement | La région d'hébergement n'est pas documentée à ce jour. Nous ne déclarons aucune conformité à la LPrD ni à la LPD. |
| 6. Sortie | Suppression sur demande par e-mail ; il n'y a pas de suppression en libre-service. |
| 7. Mesure | MPM et précision par élève, devoir par devoir. |
| 8. Procédure | Montants très inférieurs au seuil du gré à gré ; la plateforme ne figure dans aucun catalogue cantonal. |
| 9. Temps enseignant | Aucun import des listes d'élèves : les comptes se créent un par un. |
| 10. Clavier | Les leçons suivent aujourd'hui la disposition AZERTY française. La disposition suisse est prévue, pas encore offerte. |
Trois réponses sur dix nous sont inconfortables : l'hébergement, la suppression manuelle et le clavier. Ajoutons une quatrième : School Plus retire la publicité pour tous les membres, ce que la formule gratuite ne garantit pas. Les prix sont en USD et nous ne les convertissons pas. Mieux vaut que vous lisiez ces réponses ici qu'en découvrir les trous en séance.
L'objection : « ce n'est pas le rôle du conseil »
Elle mérite d'être prise au sérieux. Un conseil communal vote un budget ; il ne pilote pas l'école. Passer vingt minutes sur une ligne de quelques centaines de francs, quand le budget scolaire porte des postes cent fois plus lourds, c'est mal employer la séance. Et juger une méthode de frappe empiète sur la pédagogie, qui relève du canton et de la direction d'établissement.
L'objection a en partie raison. Les questions 7 et 10 sont d'abord celles de la direction : vous n'avez pas à trancher si une méthode est bonne, seulement à vérifier que quelqu'un a répondu. Mais les questions 1 à 6 relèvent du contrôle de la dépense et du risque, ce qui est précisément votre mandat. La solution pratique : transmettre la liste avant la séance et ne discuter en commission que des réponses manquantes. Le montant d'une ligne ne dit rien de son risque : une petite licence peut porter les données de tous les élèves d'un établissement.
À retenir
- Dix questions écrites, transmises avant la séance, suffisent à sortir une ligne « logiciels » du vote en bloc.
- Le coût qui compte est le prix annuel divisé par le nombre d'élèves actifs : 250 USD pour 60 élèves ne vaut pas 250 USD pour 250 élèves.
- La LPD fédérale révisée est en vigueur depuis le 1er septembre 2023 ; une école publique vaudoise relève en principe de la LPrD cantonale, en révision.
- Sous 150 000 CHF, l'AIMP 2019 permet le gré à gré, sans dispenser de l'examen des données.
- Le PER attend qu'un élève de 5P-8P saisisse et mette en forme un texte de manière autonome, sans imposer de méthode.
- Les claviers QWERTZ suisses déplacent au moins 6 lettres par rapport à l'AZERTY français : vérifiez la disposition des leçons.
Questions fréquentes
Une ligne de logiciel sous 150 000 CHF doit-elle passer par un appel d'offres ?
Pas forcément. Selon la foire aux questions des marchés publics vaudois, l'AIMP 2019 autorise le gré à gré sous 150 000 CHF pour les fournitures et les services. Votre commune peut avoir fixé des limites internes plus basses, et le gré à gré ne remplace ni l'examen de la protection des données ni le contrôle budgétaire.
Qui décide qu'une plateforme de dactylographie entre dans les classes ?
La décision pédagogique revient à la direction d'établissement, dans le cadre fixé par le canton et le Plan d'études romand. Le conseil communal, lui, vote la ligne budgétaire quand la dépense revient à la commune. Les deux rôles se complètent : la direction répond sur l'usage, le conseil vérifie le coût et le risque.
Que coûte Meta Typing Club pour une école, et en quelle monnaie ?
La formule School Free est gratuite dans ces limites : 3 enseignants, 3 classes, 3 devoirs actifs et 9 élèves au plus par classe. School Plus coûte 250 USD par an pour 300 places élèves, School Pro 500 USD par an pour 1 000 places. Pour plusieurs écoles, devis sur demande, sur facture ou bon de commande.
Les données des élèves restent-elles en Suisse ?
Pour Meta Typing Club, nous ne pouvons pas l'affirmer : la région d'hébergement n'est pas documentée à ce jour. Aucun âge ni date de naissance n'est demandé, et la suppression se fait sur demande par e-mail. Exigez cette réponse par écrit de chaque fournisseur, nous compris, et faites-la examiner selon la LPrD.
Nos élèves peuvent-ils s'entraîner sur des claviers QWERTZ ?
Pas avec des leçons conçues pour l'AZERTY sans qu'une partie des exercices soit fausse : A, Q, Z, W, Y, M et les accents changent de place. Nos leçons suivent aujourd'hui l'AZERTY français ; la disposition suisse est prévue mais pas encore offerte. Posez la même question à tout autre fournisseur.
Avant la prochaine séance
Une ligne de logiciel scolaire mérite dix réponses écrites avant le vote, quel que soit son montant. Transmettez la liste à la Municipalité, demandez que les réponses accompagnent le budget, et ne discutez en commission que de ce qui manque. Pour préparer la question des données, lisez notre guide des questions de protection des données à poser à un fournisseur. Pour voir ce que la direction recevrait concrètement, parcourez les premières leçons sur la rangée de repos et notre grille pour évaluer un essai en classe.
Le conseil de Keeko : Keeko, le petit robot compagnon de frappe de Meta Typing Club, garde toujours une question pour la fin : « Sur quel clavier tapent vos élèves ? » Posez-la avant de comparer les prix. Elle tranche souvent plus vite que les neuf autres.
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